24 novembre : Norfolk et notre première journée dans l'intercostale

Nous quittons la marina tôt, le soleil est à peine levé, il n'est pas 7 heures du matin. Pas de vent et presque pas de courant, nous sortons La Grande Fugue de son quai douillet tranquillement. Nous empruntons le méandre pour sortir de cette grande baie intérieure qui sert tant aux grands navires de la Marine américaine qu'à trois marinas de voiliers différentes et bateaux moteurs qui se voisinent. On passe près des bateaux de travailleurs, encore au quai, qui font la navette entre le parc marin d'éoliennes. Paul les voit en train de prendre leurs cafés du matin, offert sur la navette.

On s'avance ensuite dans la grande Baie de Chesapeake, mais le bord est large et peu profond, donc on s'aligne avec les bouées de navigations. Quand tout à coup, on annonce l'arrivée d'un sous-marin dans la Baie. Quelques minutes plus tard, une des deux escortes du sous-marins nous interpelle sur la radio. On ne voit encore rien visuellement, Ils sont à peine entrés dans la Baie. Quelle sont vos intentions capitaine? me dit cette belle voix masculine. J'explique que je vais tourner à bâbord avant le chenal et que je leur laisse la place. Il me répond gentiment mais fermement de garder mes distances. Je jette un regard sur la carte et je vois plusieurs écueils que je devrai éviter afin de lui laisser de la place. Pas parce qu'il est bien gros, mais il nous est défendu de nous retrouver à moins de 500 verges de ce vaisseau de guerre. 

Nous nous retrouvons à son côté au moment ou nous empruntons une grande courbe vers bâbord pour remonter une rivière assez large, la rivière James. Les bateaux escortes sont impressionnants avec des armes fixés au dessus. Lorsque nous avons pu voir le sous-marin, on voit des gardes armés sur le pont. Vous pouvez vous imaginer qu'ils ont dû regarder ce voilier d'étrangers qui passait innocemment à leur côté... Eloi était ravi de voir ce monument passer près de nous. 

Bateau escorte, il y en avait deux. On voit 4 mitraillettes fixées sur le pont.
Le ciel est encore teinté du lever de soleil.
Voici le sous-marin! On voit des hommes sur le haut du kiosque.

Voici l'escorte et l'escorté!

Le bateau escorte ne cessait de nous repousser doucement sur le bord de la Baie. 

Ils arrivent à leur base militaire de Fort Monroe.
Sans doute après une longue mission en mer.
Des hommes sont donc sur le pont avec leurs vestes de sauvetage.
Il y en a aussi sur le kiosque.

La Grande Fugue emprunte ensuite la rivière Elizabeth et devant l'hôpital débute l'Intercostale, cette voie d'eau qui longe la mer sans les grands vents et les vagues. Tantôt large et tantôt ridiculement mince, elle nous épargne le Cap Hatteras et le Cap Fear, deux caps devenus légendaires pour leurs eaux tumultueuses et les naufrages innombrables. On s'en va donc, yeux écarquillés à regarder partout et de proche, les navires de la Marine, les porte-avions gigantesques, qui se font rénover, construire... car il y a un grand nombre de chantiers navals. De proche, ils sont immenses. Et tous ces chantiers émettent leurs bruits de scies à métal, de soudure, de polissage... 

On arrive à des ponts trop bas pour le mat de La Grande Fugue. Il faut faire ouvrir, lever ou tourner des sections de pont.  Après plusieurs heures nous arrivons à une écluse sur une base militaire du corps des ingénieurs du Ministère de la Guerre. À peine 18 pouces de hauteur entre les deux cours d'eau, mais l'écluse demeure essentielle. Nous sommes le premier voilier à y entrer. L'éclusier veut que notre bateau s'amarre à la limite de la zone d'accostage, ce que je m'emploie à faire avec Paul et Eloi aux lignes. Tout se passe à merveille. L'éclusier y va à grand coup de cap'tain en me parlant. Un deuxième voilier arrive. Malheureusement, il n'écoute pas ou ne comprend pas les instructions de l'éclusier. Son bateau touche le quai trop tôt et quand il comprend qu'il doit avancer, il colle le bord de béton, sans ses défenses. Au bout d'un moment, j'entends l'éclusier exaspéré qui dit ne pas pouvoir continuer de regarder ce bateau qui s'égratigne sur le mur de béton. Il pousse un long soupir et dit au capitaine d'arrêter là.

Nous attendrons 3-4 autres voiliers avant de repartir et d'attendre la levée du pont juste derrière qui aura lieu 20 minutes plus tard. Lorsque nous sortons de l'écluse, je remercie l'équipe des écluses et j'ai droit à un salut militaire officiel de l'éclusier. Paul rigole car je pense bien que nous étions l'équipage préféré de l'éclusier. Une femme à la barre?

Nous poursuivons notre route de pont en pont. En attente de l'ouverture d'un autre pont. On entend sur notre radio: Salut La Grande Fugue, c'est Wiskers juste en arrière de toi! Je me retourne et je vois un voilier. On part la jasette: Tu viens d'où? Tu vas où? Tu es seul? Vous allez vous ancrer où pour la nuit? On décide de l'endroit où nous pourrons nous ancrer et poursuivre la jasette.

Paul, Eloi et Daniel, notre invité

On s'ancre, il nous rejoint et nous l'invitons à bord. C'est presque l'heure du souper, donc nous l'invitons pour le souper. Pendant que Paul termine une rencontre, Eloi et moi échangeons avec lui, Il se nomme Daniel Aucoin. Il a récemment acheté ce voilier pour 9 000$. Eloi est toute ouïe, ça l'intéresse au plus haut point un voilier pas cher sur lequel on peut vivre et explorer de nouveaux horizons. Daniel a la dernière édition du livre de Luc Bernuy sur l'Intercostale que nous avons aussi d'une version antérieure mais nous avions négligé de le consulter pour les nombreux ancrages décrits le long de notre parcours. Il apporte aussi un autre livre, le sien signé d'un nom de plume: Le Journal des Palefreniers. Un polar que j'ai dévoré qui se passe au Québec et aux EU. 

Daniel, anciennement journaliste, a écrit les nouvelles sportives dans plusieurs médias québécois dont RDS. De journaliste sportif, il est passé au sport actif. Le vélo et l'aviron, pour enfin s'acheter un voilier qui l'amène au Sud et éventuellement aux Bahamas.

Paul a réalisé un merveilleux repas chaud qui fut bien apprécié de tous! Daniel en glissera un mot sur sa page Facebook. Il y fait d'ailleurs des récits quotidiens de son périple avec plusieurs photos si cela vous intéresse. Je le suit depuis.



Commentaires